La compagnie vend alors une grande partie de son inventaire d’instruments et de musiques imprimées à la nouvelle compagnie Boucher et Manseau et s’occupe d’étendre son commerce de pianofortes et d’harmoniums. Les deux compagnies partagent les locaux du 131 rue Notre-Dame de 1862 à 1864. En 1864, le fabricant de pianos Brown & Munro prend la place de Boucher et Manseau. La compagnie absorbe Browne & Munro et prend le nom de Laurent, Laforce et Cie en 1865. Dès lors, elle s’annonce comme fabricant de pianos et avec l’ajout de l’homme d’affaires S. Rivard dans le partenariat, l’entreprise fleurit et se taille rapidement une place de premier rang dans l’industrie, menant des affaires non seulement à Montréal, mais partout au Québec.
En 1866, la compagnie est l’agent importateur à Montréal des pianos américains Hazelton, Knabe et Marshall/Traver. Le nom de ces pianos de grandes renommées est à lui seul gage de qualité et leur clientèle majoritairement canadienne-française grandit. On retrouve entre autres parmi leurs clients des institutions religieuses partout au Québec. S’adaptant à leur clientèle, ils offrent également des orgues de fabrication américaines dès le début des années 1870. Les instruments vendus sont garantis 5 ans contre tout bris dû au changement climatique de notre région, grand problème avec les instruments d’importation européenne à cette époque.

Désireux de voir grossir leur clientèle, ils annoncent dans les journaux locaux en régions et ils tirent profit très tôt de cette tactique. Leur approche conviviale ainsi que l'efficacité à traiter les commandes leur permet de s'établir une solide réputation. La publicité suivante parue dans le journal Chronique de Rimouski de 1873.
En 1878, le jeune cornettiste Ernest Lavigne, qui déjà à 27 ans connait une carrière internationale depuis 10 ans, commence dans l’industrie à Montréal en ouvrant un magasin d’instruments et de musique en feuilles dans le commerce de Laurent, Laforce et cie. Ayant travaillé avec son frère Arthur Lavigne dans son commerce d’instruments à Québec en plus d’être musicien professionnel, Ernest connaît rapidement du succès et quitte Laurent, Laforce et Cie en 1881 pour s’associer à Louis-Joseph Lajoie et former Lavigne & Lajoie. Ce magasin sera actif pendant une dizaine d’années jusqu’à ce que les efforts de M. Lavigne se concentrent sur le parc Sohmer, qu’il ouvre en 1889.
Vers 1880, Théophile Bourdeau devient agent pour la compagnie et en 1888 remplace S. Rivard comme partenaire de August Laforce. La compagnie est dès lors connue sous l’appellation de Laurent, Laforce & Bourdeau. Réputée avoir vendu plus de 12000 pianos depuis ses débuts, elle est également agente pour les célèbres pianos Hardman dès 1888. En 1889, le fabricant de cordes D.H. Dansereau et le fabricant/importateur d’instruments George Violetti (qui vient de se séparer de Edmond Hardy) sont établis au 3e étage du magasin Laurent, Laforce & Bourdeau. La même année, on annonce que « Les personnes désireuses de voir les dernières nouveautés et inventions d’instruments de musique de toutes sortes, venant d’Europe et des États-Unis, les retrouveront dans cet établissement. »
Toujours en 1889, Laforce et Bourdeau entreprennent une rénovation intérieure du magasin de quatre étages qui fait 45 pieds de large par 100 pieds de profond. Fiers des améliorations apportées au commerce, ils décrivent le premier étage comme « salle d’exposition des pianos, un véritable salon sous le rapport du confortable. » Le deuxième étage quant à lui est « salle d’exposition des harmoniums disposition élégante et commodité. » Le 3e étage, occupés par Dansereau et Violetti « renferme les ateliers de réparations de toutes sortes, dans lesquels ces messieurs font exécuter toute espèce de travail concernant leur commerce. » Le Monde Illustré publie cette gravure du premier étage du magasin en février 1891.
De 1893 à 1896, Edmond Hardy prend la place de Violetti et Dansereau dans le commerce de Laforce et Bourdeau avant de déménager en 1897 dans l’établissement de L.E.N. Pratte, à quelques pas sur la rue Notre-Dame. C’est également en 1897 que Auguste Pepin dit Laforce rend l’âme. Bourdeau dirigera le magasin jusqu’aux alentours de 1901, année où disparaît le premier commerce d’instruments de musique dirigé par des entrepreneurs canadiens-français, après 40 ans de commerce. Ils auront inspirés d'autres canadiens-français à se lancer dans la vente d'instruments et la publication de musique en feuilles, notamment le jeune Edmond Archambault en 1896.

Références:
Lovell 1860-1901
Le Colonisateur 11 avril 1862
The Lower Canada jurist- Collection de décisions du Bas Canada, Volume 8 1864
L'Echo de la France, Volume 2 1866
Chronique de Rimouski 1873
Indicateur (directory) des villes et villages sur le chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa 1880
Au coin du feu- nouvelles, récits, et légendes 1883
Industries of Canada- city of Montreal- historical and descriptive review, leading firms and moneyed institutions 1886
Les intérêts commerciaux de Montréal et Québec et leurs manufactures 1889
le monde illustré fev 21 1891
Music Trade Review 3 juillet 1897
Cahier des dix 1956
Encyclopédie canadienne de la musique





















