mercredi 25 janvier 2012

Laurent, Laforce et Bourdeau

Le premier détaillant canadiens-français d’instruments et de musique en feuilles à Montréal est le commerce de Laurent et Laforce, fondé par les hommes d’affaires August Pepin dit Laforce et David Laurent. En 1861, ils ouvrent leurs portes au 169 rue Notre-Dame, section de la rue alors connue sous le nom de bloc Masson. Toutefois, le 10 avril 1862, le feu s’attaque au magasin de tapis de M. Benjamin, adjacent au commerce de Laurent et Laforce. Plusieurs compagnies de pompiers, la police et des soldats tentent en vain de maitriser les flammes et l’immeuble est une perte totale. Le magasin de Laurent et Laforce éprouve des pertes sérieuses, principalement occasionné par l’eau. Le journal Le Colonisateur rapporte que « plusieurs peintures à l’huile qui se trouvaient au 3me étage au moment de l’incendie, ont été complètement effacées par l’eau » (sic).

La compagnie vend alors une grande partie de son inventaire d’instruments et de musiques imprimées à la nouvelle compagnie Boucher et Manseau et s’occupe d’étendre son commerce de pianofortes et d’harmoniums. Les deux compagnies partagent les locaux du 131 rue Notre-Dame de 1862 à 1864. En 1864, le fabricant de pianos Brown & Munro prend la place de Boucher et Manseau. La compagnie absorbe Browne & Munro et prend le nom de Laurent, Laforce et Cie en 1865. Dès lors, elle s’annonce comme fabricant de pianos et avec l’ajout de l’homme d’affaires S. Rivard dans le partenariat, l’entreprise fleurit et se taille rapidement une place de premier rang dans l’industrie, menant des affaires non seulement à Montréal, mais partout au Québec.



En 1866, la compagnie est l’agent importateur à Montréal des pianos américains Hazelton, Knabe et Marshall/Traver. Le nom de ces pianos de grandes renommées est à lui seul gage de qualité et leur clientèle majoritairement canadienne-française grandit. On retrouve entre autres parmi leurs clients des institutions religieuses partout au Québec. S’adaptant à leur clientèle, ils offrent également des orgues de fabrication américaines dès le début des années 1870. Les instruments vendus sont garantis 5 ans contre tout bris dû au changement climatique de notre région, grand problème avec les instruments d’importation européenne à cette époque.



Désireux de voir grossir leur clientèle, ils annoncent dans les journaux locaux en régions et ils tirent profit très tôt de cette tactique. Leur approche conviviale ainsi que l'efficacité à traiter les commandes leur permet de s'établir une solide réputation. La publicité suivante parue dans le journal Chronique de Rimouski de 1873.



En 1878, le jeune cornettiste Ernest Lavigne, qui déjà à 27 ans connait une carrière internationale depuis 10 ans, commence dans l’industrie à Montréal en ouvrant un magasin d’instruments et de musique en feuilles dans le commerce de Laurent, Laforce et cie. Ayant travaillé avec son frère Arthur Lavigne dans son commerce d’instruments à Québec en plus d’être musicien professionnel, Ernest connaît rapidement du succès et quitte Laurent, Laforce et Cie en 1881 pour s’associer à Louis-Joseph Lajoie et former Lavigne & Lajoie. Ce magasin sera actif pendant une dizaine d’années jusqu’à ce que les efforts de M. Lavigne se concentrent sur le parc Sohmer, qu’il ouvre en 1889.



Vers 1880, Théophile Bourdeau devient agent pour la compagnie et en 1888 remplace S. Rivard comme partenaire de August Laforce. La compagnie est dès lors connue sous l’appellation de Laurent, Laforce & Bourdeau. Réputée avoir vendu plus de 12000 pianos depuis ses débuts, elle est également agente pour les célèbres pianos Hardman dès 1888. En 1889, le fabricant de cordes D.H. Dansereau et le fabricant/importateur d’instruments George Violetti (qui vient de se séparer de Edmond Hardy) sont établis au 3e étage du magasin Laurent, Laforce & Bourdeau. La même année, on annonce que « Les personnes désireuses de voir les dernières nouveautés et inventions d’instruments de musique de toutes sortes, venant d’Europe et des États-Unis, les retrouveront dans cet établissement. »

Toujours en 1889, Laforce et Bourdeau entreprennent une rénovation intérieure du magasin de quatre étages qui fait 45 pieds de large par 100 pieds de profond. Fiers des améliorations apportées au commerce, ils décrivent le premier étage comme « salle d’exposition des pianos, un véritable salon sous le rapport du confortable. » Le deuxième étage quant à lui est « salle d’exposition des harmoniums disposition élégante et commodité. » Le 3e étage, occupés par Dansereau et Violetti « renferme les ateliers de réparations de toutes sortes, dans lesquels ces messieurs font exécuter toute espèce de travail concernant leur commerce. » Le Monde Illustré publie cette gravure du premier étage du magasin en février 1891.



De 1893 à 1896, Edmond Hardy prend la place de Violetti et Dansereau dans le commerce de Laforce et Bourdeau avant de déménager en 1897 dans l’établissement de L.E.N. Pratte, à quelques pas sur la rue Notre-Dame. C’est également en 1897 que Auguste Pepin dit Laforce rend l’âme. Bourdeau dirigera le magasin jusqu’aux alentours de 1901, année où disparaît le premier commerce d’instruments de musique dirigé par des entrepreneurs canadiens-français, après 40 ans de commerce. Ils auront inspirés d'autres canadiens-français à se lancer dans la vente d'instruments et la publication de musique en feuilles, notamment le jeune Edmond Archambault en 1896.



Références:

Lovell 1860-1901

Le Colonisateur 11 avril 1862

The Lower Canada jurist- Collection de décisions du Bas Canada, Volume 8 1864

L'Echo de la France, Volume 2 1866

Chronique de Rimouski 1873

Indicateur (directory) des villes et villages sur le chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa 1880

Au coin du feu- nouvelles, récits, et légendes 1883

Industries of Canada- city of Montreal- historical and descriptive review, leading firms and moneyed institutions 1886

Les intérêts commerciaux de Montréal et Québec et leurs manufactures 1889

le monde illustré fev 21 1891

Music Trade Review 3 juillet 1897

Cahier des dix 1956

Encyclopédie canadienne de la musique

samedi 31 décembre 2011

Paul Whiteman-Zez Confrey-Ross Gorman 1925

En 1925, le détaillant J.E. Turcot est l'agent montréalais pour les instruments de fanfares et les saxophones Buescher. Ces instruments sont utilisés par plusieurs orchestres populaires de l'époque et Turcot en tire bien profit dans cette publicité. Mais qui étaient donc ces vedettes de 1925?


Les grands orchestres sont à cette époque très populaire auprès du public, mélangeant le répertoire ragtime-variétés-classique-jazz et sont généralement dirigé par un chef/musicien vedette. Parmi ceux-ci, un des plus populaires est sans contredit l'orchestre de Paul Whiteman.

Né en 1880 d'un père musicien, il participe d'abord à des orchestres symphoniques comme altiste et prend part ensuite à des orchestres de danse en tant que violoniste/altiste. Il fonde son orchestre en 1919 et enregistre ses premiers titres pour Victor en 1920. Avec sa notoriété grandissante, son orchestre s'élargit et Whiteman commande des pièces aux grands compositeurs de l'époque. Gershwin écrit pour lui Rapshody in Blue qu'il enregistre avec le compositeur au piano en 1924.

Même si à la fin des années 20, ont le proclame ''roi du jazz'', l'orchestre de Paul Whiteman est d'abord un orchestre de variétés. De nombreux excellents solistes y ont pris part, dont Bix Biederbecke, Jimmy Dorsey, Joe Venuti, Eddie Lang et Tommy Dorsey. Bing Crosby et Mildred Bailey y ont même fait leurs débuts comme chanteurs. Avec l'arrivée du swing dans les années 30, Whiteman perd son règne pour laisser place aux orchestres de Count Basie, Duke Ellington et Glenn Miller, mais dirigera tout de même son orchestre jusqu'au milieu des années 40.



Zez Confrey est un pianiste né en 1895 et qui débute sa carrière en enregistrent des rouleaux de piano pour les compagnies QRS et Ampico dans un style ragtime et variétés. Sa composition de 1921, Kitten On the Keys, devient un grand succès et est enregistré à Montréal par le pianiste vedette Willie Eckstein. Le jeune Eckstein enregistre également la pièce de Confrey Dizzy Fingers, très populaire à cette époque. Au début des années 30, Confrey compose de plus en plus dans un style jazz pour son orchestre qu'il dirige jusqu'à la fin de sa carrière, après la Deuxième Guerre mondiale.



On se souvient principalement de Ross Gorman à cause de son glissando de clarinette au début de Rhapsody in Blue, alors qu'il était clarinettiste vedette de l'orchestre de Paul Whiteman. Gorman était aussi le chef et saxophoniste de l'orchestre des Virginians, un groupement plus jazzy des musiciens de Whiteman. Avant de rejoindre Whiteman, il a dirigé les Gorman's Novelty Syncopators, qu'on aperçoit ci-dessus.

vendredi 19 août 2011

N.Y. Piano Co 1879-1900

Salle de montre New York Piano Co. 1880 - Canadian Illustrated News

Le commerce N. Y. Piano Co est, à ses débuts, intimement lié à la célèbre compagnie de piano Weber de New York. Cette maison fondée en 1852 par Albert Weber, un immigrant bavarois de 24 ans, est certes l’une des plus prestigieuses de la fin du 19e siècle et principale rivale de la compagnie Steinway.

Le Piano Weber

Pub Weber 1880 - Puck Magazine

Après avoir remporté le premier prix à l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876, devançant 40 autres fabricants du monde entier, la réputation de la qualité sonore du piano Weber commence à se répandre dans le monde entier. Les meilleurs musiciens ainsi que les plus grands dignitaires du monde utilisent le piano Weber et les éloges arrivent de partout. La compagnie se sert allègrement de ces témoignages de célébrités afin d’enrichir leurs nombreuse publicités à cette époque.

Résultats du jury pour le piano Weber à l'exposition Universel de 1876

1877 Godey's magazine

Albert Weber meurt en 1879 à l’âge de 51 ans et son fils Albert, âgé seulement de 20 ans, hérite de l’entreprise de son père. En 1879, le commerce de piano de Weber est en plein essor avec 40 % d’augmentation sur l’année précédente et des ventes totalisant plus de 76 000 $ dollars par mois. Le jeune Albert Weber fait vite sa place dans l'industrie et travail fort à l'avancement de l'industrie du piano. Il est très apprécié dans le plus haut cercles sociaux et on dit de lui qu'il est un gentleman amplement capable de soutenir son statut social et commercial. Weber est également réputés payer ses employés plus que toutes autre fabricant américain et le double des fabricants européens. Inutile de préciser que plusieurs des meilleurs ouvriers et artisans se retrouvent à leur service.


La N.Y. Piano Co débute ses opérations à Montréal en 1879 quand Robert L. Cadwell s’associe à H.J. Shaw, encanteur et commerçant montréalais de meubles et de pianos luxueux. Arthur M. Perkins, fondateur de la Société Philharmonique de Montréal, comptable et cessionnaire officiel pour le Insolvent Act of 1875 fait également parti des associés. Henry Shaw transfert les agences qu'il détient à son magasin vers NY Piano Co, soit Hale, Vose & Son, Chickering & Sons ainsi que Webber. Au départ, elle base leur stratégie de publicité sur le piano Weber. Certains indices me laisse croire à une implication de Weber. D’abord, la première publicité dans le Canadian Illustrated en 1879 ne fait aucune mention de NY Piano Co, seulement le piano Weber et il est indiqué au bas Wholesale and Retail Agency. Le fait que Weber soit présent lors de l’inauguration du magasin en 1880 et que dès 1881 une salle du nom de Webber Music Hall fait partie du magasin sont d’autres indices importants. D’abord situé au 183 St-Jacques, la compagnie aménage dans le luxueux édifice du 226-228 rue St-Jacques et propose des pianos américains hauts de gammes. Lors de l’inauguration de la salle le 22 juin 1880, le pianiste personnel de la princesse Louise du Royaume-Uni, Oliver King, est invité à jouer plusieurs morceaux sur un Weber Grand Piano, le seul qu’il utilise. Il livre avec brio plusieurs compositions de Chopin, Liszt et Bach.

La princesse Louise, 4e fille de la reine Victoria était au Canada de 1878 jusqu'en 1883, son mari étant John Cambell, le Gouverneur Général. Personnalité originale, elle aimait et protégeait les arts et se déclarait ouvertement libérale (contre le parti Tory) et féministe. Elle a fondé à Ottawa un organisme destiné à aider et protéger les artistes qui est devenu la Royal Canadian Academy of Arts. La ville de Louiseville au Québec, le Lac Louise et la province de l’Alberta (son 2e prénom) ont été nommés en son honneur.

L'immeuble dans lequel s'installe NY Piano Co en 1880 a été construit en 1867 par l'entrepreneur Joseph Tiffin, afin d'en faire un entrepôt/magasin. Les premiers locataires sont Adélard Boucher, commerçant d'instruments de musique, et le fabriquant de piano Gould & Hill Co en 1868. Le bijoutier Savage & Lyman occupe le bâtiment durant les années 1870 avant d'être occupé par la NY Piano Co jusqu'à la fin du siècle. Cet immeuble est toujours présent de nos jours.

N.Y. Piano Co publie en 1883, les éloges de deux célèbres compagnies d'opéra, témoignages publiées également par Weber au cours de la même année dans ses propres publicités.

Pub NY Piano Co 1883 - Journal du dimanche

R.L. Cadwell est né en Nouvellle Écosse en 1837 d’une famille de descendance écossaise. On le retrouve à Montréal en 1879, il est veuf d’une soeur de H.J. Shaw et vit avec sa soeur Julia Annie Cadwell chez H.J. Shaw. Avec la participation de Arthur Perkins et de Weber, ils organisent avant l’inauguration une série de récitals avec Herr Bohrer ainsi que Herr Gustave Satter et tente de faire la promotion de la musique « haute classe » à Montréal. La compagnie inaugure une salle de spectacle qu’elle nomme Weber Music Hall (Weber inaugure aussi un Weber Music Hall à sa succursale de Chicago en 1880). La salle occupe une partie du 2e étage du magasin où se trouve les pianos Weber. En termes de qualités acoustique, d'aisance et de confort, c'est une des meilleurs salles à Montréal et on y présente principalement des concerts de musique de chambre classique. En 1881, suite à la visite de Myron A. Decker à Montréal, s’ajoute les pianos Decker & Son à l’offre de N.Y. Piano. Decker est un autre grand manufacturier qui a travaillé avec Albert Weber au début de ses opérations et également un grand rival des pianos Weber au cours des années précédentes.

Pub Canadian Illustrated 1883

En 1883, Cadwell quitte la ville pour s'occuper de la succursale de Winnipeg. Geo. J. Sheppard et H.J. Shaw sont les gérants de 1883 jusqu'à ce que Cadwell revienne à Montréal en 1886. Dans une publicité de 1883, on peut comprendre que la compagnie possède 4 magasins, soit Montréal, Winnipeg, Toronto et Québec. À son retour en 1886, la compagnie possède en plus des branches à Hamilton, Saint John et Ottawa.

Pub Ny Piano Co - Succursale Winnipeg - 1883 Le Manitoba

En 1884, le commerce de meubles H.J. Shaw & Co déclare faillite et Shaw ne s'occupe que de NY Piano Co. Pendant qu’il réside à Winnipeg, Cadwell se mari et décide en 1892 de s’établir au Manitoba.

Au moment où N.Y. Piano Co (Cadwell-Weber-Perkins ?) abandonne ses propriétés (abandonment of its estate) en 1894, elle a des dettes totalisant 43 000$ à quatre créditeurs à Montréal. La compagnie, à tout le moins le nom, est maintenu par H.J. Shaw au 446 St-Jacques. Seulement Weber est retirée de la liste des agences que la compagnie détient. Weber se retrouve au magasin de C.W. Lindsay en 1894. J.W. Shaw, le neveu de H.J., reprendra le local de NY Piano Co au 228 St-Jacques en 1894 et il regagne l'agence de Weber quelques mois plus tard. Opérant maintenant sous le nom de J.W. Shaw & Co, il abandonne cette succursale en 1896 pour ne conserver que son magasin de la rue Ste-Catherine (acheté de Geo. Sheppard).

Suite au décès de H.J. Shaw en 1896, les agences ne sont plus mentionnées et la vocation du magasin devient la vente par consignation, la location, l’échange, l'accordement, le déménagement et la réparation. Le magasin est sous la responsabilité de Robert Shaw de 1896 à 1900. En 1898, la compagnie apparaît la propriété de Miss. J.A. Cadwell. N.Y. Piano Co disparait en 1900 après 20 ans de commerce à Montréal quand Miss Cadwell, Robert Shaw et L.E. Shaw vont retrouver R.L. Cadwell à Winnipeg.

Références:

Lovell 1879 à 1900

Rescencement Canadien 1861-1881-1891

Canadian Illustrated News 1879 -3 jul 1880- jan 1883

Music & Drama 21 jan 1882

Le Manitoba 11 jan 1883

La Patrie 1892

Ville de Montréal

Music Trade Review 1881-1894

Journal du dimanche 1883

The Montreal Law Reports- Court of Queen's Bench 1888

Godey's magazine Vol 95 1877

Puck Magazine 1880

Programme de ''Le Juif Polonais'' présenté sur Broadway par cie Coquelin-Hading 1888

Manitoba Morning Free Press 3 avril 1915

NY Great Industries 1884

The Canadian Spectator 1878

Industries of Canada-City of Montreal 1886

jeudi 18 août 2011

Geo. J. Sheppard 1887-1894

George James Sheppard est né en 1855 à St-Ours d’une famille de descendance irlandaise. Il est gérant du commerce de piano montréalais NY Piano Co sur la rue St-Jacques de 1883 à 1886. NY Piano Co est agente pour le célèbre piano américain Weber, réputé dans le monde entier à cette époque. M. Sheppard quitte tout de même M. Cadwell, agent de NY Piano Co, pour ouvrir son propre commerce en 1887. Il s’établit au 2282 de la rue Ste-Catherine et obtient immédiatement l’agence pour les pianos de Geo. Steck & Co de New York , Mason & Rich de Toronto et Mason & Hamlin de Boston. Dès 1888, il annonce en plus des pianos et orgues, un grand assortiment d’instruments et de la musique en feuille.

Pub Geo. J. Sheppard 1888 - Echo Musical

Sheppard importe des instruments provenant du distributeur américain C. Bruno de New York. Cette célèbre maison offrait une vaste sélection d’instruments d’assez bonne qualité. Sheppard annonce en autre en 1888 les banjos Dobson Victor, instruments du fabricant américain George C. Dobson dont Bruno a obtenu l'agence deux ans plus tôt.

Catalogue C. Bruno & Son c.1890

La famille Dobson a été très célèbre durant le 19e siècle comme banjoïstes et fabricants de banjos. Cette époque est caractérisée par une transformation de l’instrument et une tentative par la classe bourgeoise ''d‘élever'' le banjo pour en faire un instrument récréatif pour la bourgeoisie blanche et aussi un instruments de concert, capable de jouer les musiques les plus évoluées. On est loin des racines africaines et du noir sur une plantation. Le nombre de pièces utilisées et l'ornementation deviennent parfois abusive. La série Victor de Dobson reste tout de même une série d'entré de gamme sans trop d'ornementation.

Catalogue C. Bruno & Son c.1890

Sheppard annonce également les guitares Bruno, qui sont fabriquées par différentes compagnies, tant américaine qu’étrangère, pour être vendu en tant que C. Bruno. Bruno, qui avait tenu les livres pour C.F. Martin vers 1835 à New York, avait de bonnes connexions avec la compagnie et plusieurs modèles Bruno haut de gamme ont été fabriqués par Martin.

Catalogue C. Bruno & Son c.1890

En 1892, il devient également gérant de la salle de concert Windsor, situé dans l’hôtel Winsor. Plusieurs concerts de musique classique y sont donnés et le magasin devient les bureaux de la salle Winsor. En 1894 il vend son commerce de la rue Ste-Catherine à J.W. Shaw, commerçant de piano établi sur la rue Notre-Dame, avec qui il avait travaillé chez N.Y. Piano Co vers 1884. La même année, il devient actionnaire dans la compagnie de piano Pratte. Il continu de gérer la salle Windsor jusqu’en 1899 et les bureaux de la salle demeureront au magasin de J.W. Shaw pendant encore plusieurs années. Sheppard occupe, au cours des années suivantes, différent postes de direction pour des compagnies du domaine de la construction.


Références:

Lovell 1883 à 1899

Catalogue C. Bruno & Son c.1890

Music Trade Review 1894

L'Echo Musical 1888

Foisy Frères 1879-1932

Portrait de G.W. Foisy et L.T. Foisy - Passe Temps

Après avoir suivi leurs pères pendant quelques années au Massachusetts, les trois jeunes frères Foisy reviennent au Canada en 1879 et débutent leurs opérations en 1883 à Montréal. Leur commerce connait un bon succès en il ouvre une succursale dans la ville de Québec. En 1897, M.A.A. Foisy, qui est en charge de cette succursale se sépare de ses frères et décide d’opérer le commerce de Québec indépendamment sous son nom. G.W. Foisy et Louis T. Foisy continuent de diriger le commerce de Montréal sous le nom Foisy Frères, au coin de Sainte-Catherine et Sanguinet.

Publicité Foisy Frères 1900 - Passe Temps

Ils concentrent leurs opérations à la vente de pianos, d'orgues, d'harmoniums et offrent également une sélection d’instruments de tous genres. Une grande partie de leur commerce est d'abord dédiée à la vente de machines à coudre et plus tard aux phonographes Columbia.

Pub Foisy Frères 1903 - Passe Temps

Foisy Frères est acheté en 1914 par C.W. Lindsay, le riche marchand de piano de la rue Sainte-Catherine Ouest et immédiatement revendu à la compagnie Berliner qui y concentre les opérations sur la vente de gramophone et victrola jusque dans les années 30.

Vitrine 1930 photo copyright Musé McCord


Références:

Passe Temps 1896 à 1905

Music Trade Review 1897

BANQ Album EZ Massicotte

La Patrie 1905-1907-1911-1920

Encyclopédie Canadienne de la Musique

D.H. Dansereau 1890-1932

Dieudoné Honoré Dansereau a connu une longue carrière dans l’industrie des instruments de musique. En 1890 il est répertorié comme fabricant de cordes de piano et établi à la même adresse que le marchand d'instruments George Violetti. Ce dernier vient de se séparer de Edmond Hardy pour ouvrir son propre commerce au 1635 rue Notre-Dame, dans le même bâtiment que les marchands de pianos Laurent, Laforce et Bourdeau. De 1893 à 1895, Dansereau s’associe à Joseph George Ducharme et forme Ducharme, Dansereau & Co., une compagnie de fabrication et vente de pianos.

Après un bref retour au magasin de Violetti en 1895 (au 11 1/2 Gosford) comme réparateur d’orgues et pianos, D.H. Dansereau ouvre sa propre boutique/atelier au 42 rue Bonsecours en 1896. Il fabrique, répare et importe des instruments à cette adresse jusqu’en 1917, année où il déménage son commerce au 406 rue Sainte-Catherine est.

Durant ces années, il annonce occasionnellement et se fait une fierté de vendre les cordes Imperial « pour violon, mandoline, guitare, banjo, etc., incontestablement les meilleure sur le marché ». Je n'ai réussis à trouver aucune mention des cordes Imperial ailleurs, possiblement que ces cordes étaient de sa propre fabrication.

De 1922 à 1932, il déménage à plusieurs reprises et est répertorié principalement comme réparateur d’instruments de musique dans l'annuaire Lovell, il est donc difficile d'affirmer qu’il avait encore pignon sur rue de 1925 à 1932, année où on perd toutes traces de M. Dansereau. Il est probablement décédé en 1932-33.


Chas. Lavallée (Lavallée & Fils) 1852-1923





C’est en 1852, après avoir travaillé au service de la famille Casavant à construire des orgues, qu’Augustin Lavallée ouvre son atelier de lutherie à Saint-Hyacinthe. Il enseigne la lutherie à son fils Charles et déménage son commerce à Montréal en 1869, qu’il opère sous la raison sociale de Lavallée & fils. Ils sont réputés avoir construit plus de 200 violons ensemble. Charles Lavallée succède aux commandes du commerce quand son père se retire en 1893, agé de 77 ans. Il rebaptise le commerce Chas. Lavallée Co.

En 1899, Lavallée développe ses affaires en obtenant l’agence de fabricants européen. Il est agent pour les instruments de Jérome Thibouville Lamy de Paris, agence qui passera à Edmond Hardy en 1900. Il est également l’agent pour la filiale londonienne du célèbre fabricant d’instruments à vent Besson & Cie. Cette compagnie française avait ouvert une filiale en Angleterre suite aux démêlés légaux avec Adolf Sax en France durant les années 1850. La troisième agence que Lavallée obtient en 1899 est celle du fabricant français Pélisson, Guinot (Blanchon) & cie de Lyon.


En 1903, il obtient l’agence pour le fabricant américain d’instruments à vent J.W. York & Sons de Grand Rapids au Michigan.

En 1917, durant la Première Guerre mondiale, Lavallée fait état du commerce à la revue Passe-Temps « Heureusement qu’avant la guerre, j’avais un assortiment considérable d’instruments, et qu’en dépit de multiples commandes, il m’en reste encore un choix appréciable, qui me permettra de répondre aux demandes pressantes. Je fais encore affaire avec les maisons Besson et Cie, de Londres, Pélisson et Blanchon, de Lyon et J.W. York, de Grand Rapids, mais les commandes retardent forcément. Quoi qu’il en soit, et malgré la guerre, j’espère avoir été assez prévoyant pour maintenir mon choix».

En 1922, il déménage son commerce sur la rue Saint-Denis, en face du nouveau théâtre Saint-Denis. M. Lavallée rend l’âme en 1923.

M. Lavallée, également le frère de Calixa Lavallée, auteur de l’hymne national canadien, était un homme très respecté dans le milieu de la musique. Il était un très bon musicien, a parcouru l’Amérique et a été le président de l’Association protectrice des musiciens de Montréal de 1905 à 1914 (aujourd’hui la Guilde des musiciens et musiciennes du Quebec).


vendredi 12 août 2011

Ludwig chez Archambault

On me parle beaucoup de la photo d’en-tête de ce blogue, prise au début des années 30. Ce cliché du 2e étage du magasin Archambault (aujourd’hui le département des batteries) évoque une époque classique de la vente d’instruments de musique à Montréal. Avec ses vendeurs à l'apparence soignée, ses présentoirs de bois vitrés, sa riche luminosité provenant de la rue Berri et ses plafonniers suspendus, ce magasin était certes l'un des plus beaux en ville. On y voit une multitude d’instruments à vent et d’instruments à cordes, telle une guitare Martin en bas à droite ainsi qu’une affiche Gibson Mastertone, laissant présager que plusieurs des banjos et mandolines sur la photo sont des Gibson. On ne peut qu'imaginer la valeur de tous ses instruments de nos jours...Mais ce ne sont pas les instruments à cordes qui m'amènent à vous parler de cette photo, mais plutôt un des rares instruments de percussion qu'on y aperçoit.

Il y a quelques années, errant sur MySpace, j'ai été frappé par une photo sur le profil de Ben Caissie. Ben est un batteur montréalais avec un style flamboyant et une touche très vintage. Ben est aussi un collectionneur de vieilles batteries.

En regardant la photo de son kit Ludwig 1927, j'ai eu l'impression d'avoir déjà vu le dessein sur la peau de la grosse caisse. Mais où?

Je plonge dans mes archives et je remarque que sur la photo du 2e étage du magasin Archambault prise au début des années 30 (que j'ai vu au quotidien pendant des années quand j'y travaillais) on y voit une grosse caisse identique. J'ai évidemment envoyé la photo à Ben immédiatement!

Est-ce que la grosse caisseLudwig qu'utilise Ben Caissie aurait été achetée chez Archambault à l'époque?


Voici un vidéo de Ben Caissie en action avec son Ludwig 1927




lundi 31 janvier 2011

La naissance de l'industrie montréalaise

Partie 1
1790-1880

Les pionniers

L’histoire des instruments de musique à Montréal débute avec l’orgue et le violon. L’orgue, qui fait déjà partie de la pratique religieuse en France, est l’instrument privilégié dans les églises. Il n’est donc pas surprenant qu'il soit le premier utilisé en Nouvelle-France. Selon l'Encyclopédie canadienne de la musique, «Au XVIIe siècle, tous les orgues de Nouvelle-France viennent d'Europe. Ils sont de petite taille et répondent aux besoins liturgiques de l'époque. L'importation d'orgues de style français se poursuit durant tout le siècle. Le seul orgue fabriqué en Nouvelle-France, à l'époque, est celui d'un jeune menuisier de Montréal, Paul-Raymond Jourdain, qui termine son premier instrument, qui semble être aussi son dernier, en 1723».

Le violon est également présent dès les débuts de la colonie, et on note sa présence à la messe de minuit ainsi que dans un mariage en 1645. Importé d’abord par les religieuses, les marchands et les officiers du gouvernement, le violon conserve la popularité acquise en France et dès 1740, des violonistes se font connaître ici.

Frederick Wyse est le premier à importer et à faire le commerce de pianos et de violons à Montréal vers 1790. Les pianos et les orgues proviennent principalement de France, d’Angleterre et d’Allemagne, et sont de gros morceaux à transporter d’un continent à l’autre. La construction de ces instruments ne convient pas toujours à notre climat, ce qui incite les premiers Montréalais à se lancer dans la fabrication de pianos et d'orgues plus adapté au marché local.


Les premiers commerces


Mead, Brothers & Co

Un des premiers commerces de pianos et d’importation d’instruments de musique à Montréal est celui George W. Mead et de ses frères, qui sont actifs de 1827 à 1853 sous différentes raisons sociales, dont Mead, Brothers & Co durant les années 1840. Ils tiennent un magasin à Montréal et à Toronto. En plus de fabriquer des pianos, ils importent d’Europe une variété d’instruments à vent et à cordes, ainsi que des accessoires tel que des cordes et des anches. M. Nordeimer, fabricant et marchand de piano à la même époque, raconte au Music Trade Journal en 1905 qu' «Il y avait quatre ou cinq frères dans la famille Mead, desquels John, William et Joseph, qui s’occupaient du commerce à Montréal et Toronto, et Samuel, qui administrait l’usine de Londres, en Angleterre. En 1849 leur magasin de Toronto, sur la rue King, est réduit en cendres par le feu qui a détruit la Cathédrale. Il sera pas rebâti». Leur commerce de Montréal change de mains trois ans plus tard, en 1852.

John Morgan Thomas figure parmi les premiers à construire des pianos à Montréal, durant les années 1830, avant de s’établir à Toronto en 1839. Son fils, John J. Thomas, superintendant du département de pianos chez le fabricant Bell Piano & Organ Co à Guelph en Ontario, écrit une lettre au Toronto Star en 1905 pour préciser des informations sur son père «j’ai récemment vu un piano à l’atelier de réparation Heintzman construit par mon père à Montréal en 1833».

Mes recherches m'ont permis d'identifier les marchands d'instruments suivants durant les décennies 1840 et 1850: Mead Brothers & Co, William Dennis, Samuel R. Warren, John McCallum, John Stephenson, Abner Brown dans Griffintown, Seebold Brothers, John McPherson & Son, Henry Prince, A. & S. Nordheimer, Thomas D. Hood (1852, successeur de Mead) et J. W. Herbert.

J.W. Herbert & Co

J.W. Herbert & Co, sur la rue Notre-Dame, est une maison d’édition, de ventes au détail et de facture d’instruments importante à Montréal. Elle est active du milieu des années 1830 jusqu’en 1861. Herbert offre un assortiment complet d’instruments de musique qu’il importe de l’Europe et des États-Unis. Une publicité de J.W. Herbert, dans le journal La Minerve du 18 juin 1837, nous indique que William Dennis était un associé de Herbert et fabriquait les pianos vendus par ce dernier. Des témoignages de clients cités dans l'annonce nous prouvent la fabrication d'un piano par Dennis en 1827, toutefois on ne sait pas s'il a été fabriqué à Montréal. Herbert annonce déjà en 1843 de la musique en feuilles ainsi qu'un assortiment d’instruments à vent et d’instruments à cordes. On retrouve aussi des accessoires tels que des cordes de guitare, de violon, de violoncelle et de harpe en plus des «meilleurs anches pour clarinette, hautbois et basson». Cette publicité et celle de Mead, de la même année, nous indiquent clairement qu’une demande pour ce type de produit se faisait déjà grandement sentir en 1843 à Montréal.

Douze ans plus tard, en 1855, une publicité de Herbert énumère une sélection impressionnante d’instruments. On retrouve des « cuivres, bois, instruments à cordes de toutes sortes, provenant des meilleurs fabricants, contrebasses, violoncelles, violons, guitares, clarinettes, flûtes, cornopeans, saxe cornopeans, saxe horns, ophicléides, trombones, cors français, accordéons, flutinas, cordes, anches, diapasons, marteaux d’accordement et tout autre article relié à l’industrie - le tout à de très bas prix ».

Craig Piano Co
En 1856, un autre acteur important de l'industrie du piano débute ses opérations à Montréal, la compagnie Craig Piano Co. Cette compagnie fabriquera des pianos jusqu’en 1930, où elle sera achetée par les Pianos Lesage. En plus de vendre sous le nom de Craig, la compagnie fabrique la marque maison de plusieurs commerces. Elle débute tout d'abord sur la rue Saint-Laurent, pour ensuite se faire bâtir un immeuble en 1904, coin Saint-Domique et Saint-Viateur, dans le Mile End. Ce bâtiment est toujours existant de nos jours.

Seebold Brothers

La compagnie Seebold Brothers présente pour sa part une vaste sélection d'instruments avec, entre autres, des banjos, des violons italiens et anglais, des guitares ainsi qu'une sélection d'instruments comparable à l'offre de Herbert, citée plus haut.

Arrêtons-nous pour regarder quelques-uns de ces instruments disponibles en 1855, mais qui sont tombés dans l’oubli depuis. Tout d’abord, le Flutina, qui est un petit accordéon, parent du concertina. Inventés en France vers 1830 et fabriqués jusqu’en 1880, les flutinas ont été très populaires au milieu du 19e siècle. Une méthode de flutina a même été publiée en 1850. Les flutinas ont été largement importés en Amérique. C'était un instrument particulièrement apprécié des studios de photos et des photographes car il ajoutait une touche de culture à la photo. Sur de nombreuses photos d’époque, on peut voir le sujet avec un flutina en main.


Le Cornophean est un instrument à vent en cuivre qui aurait été inventé par William Hill à Londres, au cours des années 1830. C’est essentiellement une trompette avec une échelle harmonique plus grande. Le cornophean peut tout aussi bien être un instrument solo ou d’ensemble. Imitant le cornet à piston, son timbre se retrouve entre la trompette et le cornet.


L’Ophicléide, est un instrument en cuivre et a été inventé en 1817, puis breveté en 1821 par le Français Jean Hilaire Asté. Selon Wikipedia, «L'ophicléide est aujourd'hui tombé en désuétude, à cause de l'inégalité de son timbre sur l'ensemble de sa tessiture. Il fut rapidement concurrencé par les tubas, instruments à pistons plus puissants, et au timbre plus égal, à une époque où la plupart des compositeurs cherchaient à développer l'ampleur sonore des orchestres».


Le piano boom


Suite à la constitution canadienne de 1867, on assiste à un développement du Canada, avec comme point central Montréal et Toronto. Comme l’explique Brian J. Young, historien à l'Université McGill, «Les centres comme Montréal et Toronto profitent amplement des chemins de fer et de l'industrialisation, au contraire de villes en déclin comme Québec. L'affluence de capitaux, la construction de salles de spectacle et d'universités, et la montée d'une élite permettent le développement d'un marché de biens luxueux, tels que les pianos et les maisons cossues, de même que l'émergence d'activités de loisir, telles que les courses de chevaux. Inquiète de son avenir, la communauté anglophone de Montréal fait une consommation ostentatoire et planifie la façon dont la ville pourrait exercer sa domination sur l'expansion vers l'Ouest. La construction d'un chemin de fer transcontinental à partir de Montréal et l'imposition d'un État pan-canadien dominé par le Canada central sont des réponses évidentes à cette inquiétude». L'industrie du piano prend donc rapidement son essor à Montréal.



On voit des commerces spécialisés dans ces biens luxueux comme H. J. Shaw, sur la rue Craig, qui vend des pianos haut de gamme importés des Etats-Unis et d’Europe, en plus d’offrir des meubles et autres accessoires de luxe. Cette tendance est très représentative de l’offre des premiers marchands de pianos à Montréal. Un bon nombre de marchands de pianos, majoritairement anglophones, ouvrent leur porte à partir de 1875. Ils orientent leurs commerces pour répondre à la demande de la bourgeoisie anglaise de Montréal. Des pianos à queue et autres instruments de valeur sont importés, principalement des États-Unis. Ils offrent aussi les meilleures marques canadiennes, comme le piano Bell, fabriqué en Ontario. Une attention particulière est portée à la présentation du magasin, afin de placer le piano dans un contexte d’objet convoité et luxueux.



On note, parmi ces marchands, A. P. Willis, qui fonde son commerce en 1871 et qui ouvre son magasin de piano sur la rue Notre-Dame en 1884. M. Willis prétend qu’une décoration et un aménagement artistique accroissent la vente d’instruments. Le Music Trade Review de 1894 nous informe que M. Willis a dépensé plus de 10 000 $ pour l’embellissement intérieur de son magasin en 1893. «Les plafonds ont été finis de chêne massif, et toute la surface du magasin est impressionnante et parfaite pour accueillir les superbes instruments proposés par Monsieur Willis». La firme se vante également en 1894 «d’avoir marchandé plus d’instruments haut de gamme durant les 10 dernières années que n’importe quel marchand canadien». A.P. Willis est un acteur très important de l’industrie à Montréal et y sera un membre actif pendant de nombreuses années.

Vers la fin du 19e et le début du 20e siècle, le piano domine le paysage musical au Québec. On est à une époque avant la radio, où même le phonographe est encore un objet de luxe que peu de familles possèdent. Le piano est la vie de la maison. De la plus grande ville jusqu’au village le plus éloigné, la musique occupe beaucoup de place. On peut la jouer ou l’entendre à la maison, à l’église, lors d’une prestation publique, lors d’un récital ou même d’une parade. Le piano est l’instrument parfait pour l’apprentissage musical ainsi que pour l’accompagnement de chansons. Rapidement les marchands de pianos établissent un système de paiements échelonnés pour que les familles se procurent un piano. Ce type de crédit permet alors aux familles de posséder un piano à la maison et d’en effectuer le paiement sur une base hebdomadaire ou mensuelle. Le piano se retrouve dès lors dans beaucoup de maisons au Québec et n’est plus seulement l’instrument de salon de la bourgeoisie aisée. Le piano boom bat son plein.


Références


Music Trade Review 1894-1905

Encyclopédie canadienne de la musique

Annuaire Lovell 1843-1900

Musée McCord (site internet)